Le Salève comporte de nombreuses cavités (balmes, grottes, cheminées). La majorité est due à la dissolution des roches calcaires par les eaux météoriques chargées de gaz carbonique (modelé karstique). Certaines résultent de l’érosion différentielle de roches fracturées ou de composition hétérogène ; enfin d’autres correspondent à des interstices entre d’énormes blocs de rochers entassés lors de grands éboulements (grottes préhistoriques de Veyrier).
A l’origine, l’eau de pluie (H2O) contient un peu de gaz carbonique (CO2), ce qui la rend légèrement acide. Par infiltration dans le sol, l’eau s’enrichit en CO2 ; ainsi devenue plus acide, elle peut dissoudre le calcaire. L’eau s’insinue dans les fractures naturelles et son acide carbonique réagit avec le carbonate de calcium (CaCO3) constitutif du calcaire, le transformant en bicarbonate de calcium soluble [Ca(HCO3)2]. L’eau exerce ainsi son pouvoir de dissolution chimique dans les profondeurs du massif. Lorsque l’eau minéralisée débouche dans une galerie souterraine, dont l’atmosphère est pauvre en gaz carbonique, il se produit un rééquilibrage gazeux. Par réaction physico-chimique inverse à celle qui s’est produite en surface, le bicarbonate de calcium cristallise sous forme de calcite en créant des stalactites et des stalagmites.
La Tanne à Damon ou grotte du Diable
Cette grotte d’origine karstique se trouve dans la région des Pitons, une centaine de mètres en contrebas de l’Auberge de la Grotte-du-Diable. Les fissures du calcaire contiennent du minerai de fer (grès sidérolithiques) ce qui autorise à penser que cette grotte fut en partie vidée pour en exploiter le métal.
La légende dit qu’un berger avait vu une vipère avec un diamant plus brillant que le soleil au cou. Naturellement, il voulut s’emparer du trésor mais l’animal s’enfuit et se réfugia dans la grotte. Le paysan se cacha alors dans un tonneau tapissé de clous à l’extérieur et attendit le retour du serpent. Ce dernier revint mais hélas il perdit son diamant en se jetant sur le tonneau. Ceux qui avaient eu vent de cette histoire voulurent absolument retrouver le fameux diamant. Au cours d’une équipée, l’un d’entre eux glissa et jura comme un charretier. Et comme le diable n’aime pas les gros mots, le diamant disparut à jamais.
La grotte d’Orjobet
Le nom cette grotte d’origine karstique a été donné par Horace-Bénédict de Saussure en hommage à son guide, François Orjobet, paysan propriétaire de cette partie de la montagne.
Le Trou de la Tine
Le Trou de la Tine (autrefois « Creux de Briffaut ») tire son nom de sa forme ; en effet, il ressemble à un tonneau (tine) ouvert au sommet et dont la bonde aurait été arrachée. C’est la partie relique d’un ancien réseau hydraulique souterrain.
La grotte des faux-monnayeurs
Cette grotte est une balme qui résulte de l’érosion différentielle de roches de résistance différente.
En 1891, les ouvriers qui construisaient le chemin de fer électrique à crémaillère du Salève découvrirent dans cette grotte environ 1000 deniers de l’Evêché de Genève des 11ème et 12ème siècles. Suite à l’arrestation de P. Poulin en 1801, pris en flagrant délit de fabrication de fausse monnaie dans cet endroit, ils en conclurent que les pièces étaient fausses et ils les distribuèrent. Or elles étaient authentiques.
La grotte de Sous-Balme
Cette grotte était un abri formé par des blocs d’effondrement des falaises du Salève, lors d’un grand éboulement.
Dans cette grotte, le squelette d’un magdalénien âgé d’une trentaine d’année et daté de 9000 ans avant Jésus-Christ, a été découvert. Les batraciens trouvés en abondance (plus de 12’000 individus) à proximité n’ont fourni qu’une part de l’alimentation de ce magdalénien. Il a en effet été également découvert de nombreux restes de grands mammifères (renne, cerf, chamois et sanglier).
Textes : Jean Charollais (Université de Genève) et Danielle Decrouez (Muséum de Genève)